Interview de Guilherme Spadinger, directeur général, Euler Hermes SFAC Direct

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Q1: Guilherme Spadinger, tout le monde s’accorde à dire que l’international est un relais de croissance pour les entreprises. Alors qu’elles constituent l’essentiel du tissu économique, les petites et moyennes entreprises ne réalisent que 17% des exportations d’après l’INSEE. Quelle est votre analyse de la situation ?

A notre sens, si les PME représentent une part si faible, c’est parce que les débouchés à l’exportation ont été trop instables ces dernières années. Mais, on peut devenir plus optimiste désormais. Nous anticipons que 2019 sera la troisième année consécutive avec une croissance des exportations de biens de près de 20 milliards € par an. Une telle régularité est une nouvelle chose.

Par ailleurs, nos PME ont eu des difficultés à franchir le pas d’une internationalisation durable en raison des contraintes qui pesaient sur elles, dont les effets de seuil, qui conditionnent une bonne partie des impôts prélevés sur la production (3% du PIB en France). Elles sont donc trop petites par rapport à leurs concurrentes, notamment allemandes. On peut là aussi voir l’avenir avec confiance, puisque la loi Pacte devrait atténuer ces effets de seuil.

Q2: Pouvez-vous nous expliquer l’importance de se couvrir à l’international, et en particulier les bénéfices d’une assurance-crédit à l’export ?

Pour sécuriser ses transactions export, il est recommandé de s’appuyer sur un expert, comme un assureur-crédit. Il connaît les pratiques locales, il dispose d’un réseau mondial pour recueillir les informations permettant d’évaluer la solidité financière des prospects, et couvre les exportateurs contre le risque d’impayé. L’objectif pour l’entreprise exportatrice étant de savoir protéger sa trésorerie, en pilotant au plus juste sa stratégie de crédit clients, tout en se préservant des impayés. En définitive, il faut retenir qu’avec l’assurance-crédit, l’exportateur optimise son BFR (ndlr: besoin en fonds de roulement), préserve sa rentabilité, et bien sûr, rassure ses partenaires financiers, ce qui lui permet de se concentrer sur ses efforts de conquête et de croissance !

Q3: Pouvez-vous citer un exemple de « success story » à la française qu’Euler Hermes a accompagné ?

Euler Hermes a récemment assuré-crédit une startup française spécialisée dans les dispositifs de sécurisation des transactions en bitcoins. Auparavant, celle-ci facturait à l’avance les paiements mais a souhaité proposer un délai de paiement à sa clientèle BtoB pour conserver son avantage concurrentiel. Chose faite grâce à l’assurance-crédit d’Euler Hermes et à la qualité de notre prévention ! L’entreprise a ainsi pu adosser un service additionnel à son offre et répondre aux attentes du marché.

Q4: Euler Hermes est partenaire des Rencontres d’Affaires Francophones 2018. Pourquoi avez-vous souhaité soutenir cet événement ?

Euler Hermes est déjà partenaire de Mission Internationale sur le territoire français depuis plusieurs années. Dans cette continuité, il était donc essentiel de poursuivre notre engagement pour ce grand rendez-vous national afin de rencontrer les 1000 PME et ETI françaises attendues sur place. De plus, en tant que leader mondial de l’assurance-crédit, Euler Hermes garantie près de 894 milliards € de transactions commerciales et accompagne plus de 55 000 clients dans le monde, ce qui témoigne de la confiance accordée par ces entreprises. Les Rencontres d’Affaires Francophones seront donc l’opportunité d’échanger avec les exportateurs d’aujourd’hui et de demain pour répondre à leurs attentes dans leur quête de croissance à l’international. Rendez-vous le jeudi 8 novembre à la maison de la Mutualité à Paris !

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Interview de Silvano Sansoni, vice-président Enterprise & Commercial, IBM France

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Q1. Silvano Sansoni, en quoi les PME sont-elles une priorité pour IBM ?

IBM est le partenaire privilégié des entreprises qui misent sur l’innovation pour se différencier. C’est le cas d’une très grande majorité des PME. Il s’agit pour nous d’un marché en croissance et avec un fort potentiel de développement. Les PME innovantes dans tout secteur économique cherchent à se développer à l’international pour mettre en avant leur savoir-faire. Leur défi est d’arriver à s’adapter aux différents marchés qu’elles rencontrent en étant suffisamment réactives et audacieuses.

Notre principal engagement auprès d’elles est de les accompagner dans cet effort. Nous avons des offres adaptées et nous disposons du support d’un large réseau de plusieurs milliers de partenaires. Ils nous permettent d’encapsuler des technologies dans des offres de services métiers rapides à déployer. Ces services sont centrés sur des problématiques fonctionnelles comme l’expérience client, la génération de lead, ou la fidélisation. Ce que nous garantissons, c’est un « time to market » quasiment immédiat.

Nous leur proposons également des environnements de travail innovants. Notre Design Studio permet de facilement monter avec eux des équipes de travail adaptées à leurs besoins. Ils peuvent bénéficier de nos compétences spécialisées sur un large spectre technologique. Pour les plus jeunes d’entre-elles, nous avons également crée un accélérateur de start-up, la Scale Zone. Nous les encourageons à intégrer des plateformes d’industrialisation au cœur de leur stratégie de développement.

Q2. Selon vous, la transformation digitale des PME/PMI est-elle un facteur clé de succès, en particulier à l’international ? Si oui, pourquoi ?

La transformation digitale est indispensable pour les PME/PMI. Quand elles se développent à l’international, elles doivent marketer leur innovation en fonction des différents types de consommateurs qu’elles rencontrent. Chez IBM, nous sommes convaincus que chaque entreprise est apprenante. Elles doivent apprendre rapidement et en continue. Que ce soit en termes de technologie, de design, ou de services, la numérisation de leurs processus leur permet de mieux connaître leurs marchés.

Face à des enjeux technologiques parfois ambitieux, comme l’intelligence artificielle, les dirigeants de PME ne trouvent pas toujours l’expertise nécessaire dans leur environnement proche. Nous nous assurons qu’ils s’approprient ces sujets dans leurs processus métiers. Certains projets d’intelligence artificielle peuvent s’industrialiser rapidement et offrent une grande capacité d’automatisation.

Q3. Qu’attendez-vous des Rencontres d’Affaires Francophones qui se tiendront le 8 novembre prochain à la Maison de la Mutualité ? Quel(s) message(s) souhaiteriez-vous faire passer aux dirigeants d’entreprise et décideurs économiques qui seront présents ?

IBM est une entreprise internationale. Elle est présente dans plus de 170 pays, et plus de 124 langues y sont parlées. Notre entreprise a un attachement particulier à la francophonie, ne serait-ce que par la longue histoire qui nous lie avec la France. Nous y sommes implantés depuis 100 ans. Notre entreprise a grandi dans l’adhésion aux principes de la francophonie, sa culture, ainsi que les valeurs qui y sont portées.

Les technologies phares de demain, comme l’internet des objets, la blockchain ou l’intelligence artificielle sur le cloud, permettent de créer davantage de liens au sein de communautés dispersées géographiquement. De nombreux territoires francophones en Afrique sont par exemple des marchés en croissance et des pépinières de talents. Il y a déjà de très belles réalisations de nos partenaires. C’est le cas de l’emlyon pour qui la notion de communauté apprenante sert à former des entrepreneurs innovants et pleinement dans le monde de l’intelligence augmentée.

Nous sommes fiers d’accompagner les PME à l’international car c’est l’innovation française qu’elles exportent. Quand vous assistez à un événement comme le CES aux Etats-Unis, avec une importante délégation française, vous mesurez à quel point cet effet d’écosystème est important. Nous sommes convaincus que de nouveaux modèles économiques sont possibles au travers de plateformes de marchés ou d’écosystèmes. Elles impliquent une collaboration d’un nouveau genre entre les grandes entreprises, les PME/PMIs et les startups.

Nous contribuons à la diffusion de l’innovation française et nous souhaitons poursuivre cet engagement. Nous avons le savoir-faire technologique ainsi que des capacités internationales reconnues. Nous accompagnons nos clients tout au long de leur développement, c’est notre ADN. La nouvelle révolution des intelligences que nous vivons impose l’agilité à tous ses acteurs, au premier rang desquels les PME/PMIs.

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Interview de Stéphane Lévin, explorateur scientifique, conférencier et auteur, spécialiste des milieux les plus hostiles du globe

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Q1. Stéphane Lévin, vous explorez la planète et ses endroits les plus hostiles depuis plus de vingt ans. S’ouvrir au monde, pourquoi ?

J’ai eu une autre vie avant celle d’explorateur. Au début de mon parcours professionnel, j’ai travaillé dans le secteur des voyages de luxe sur mesure. J’étais responsable de l’organisation de circuits d’aventures d’exception. Le « Tintin » que j’étais alors était en charge du choix des prestataires, de la qualification des guides, de l’approvisionnement en vivres, en eau… C’est grâce à ce métier que j’ai découvert les terres sublimes de l’Arctique et de l’Amazonie. Puis, après dix ans passés dans ce secteur d’activités, j’ai eu envie de donner un autre sens à ma vie en mettant mes compétences au profit de la recherche médicale, scientifique et technique. Je rapporte de mes voyages en milieux hostiles des résultats d’études permettant de mieux comprendre les facteurs d’adaptation de l’organisme dans des conditions extrêmes et de qualifier des matériels et des solutions technologiques. En quelque sorte, j’ai réinventé ma vie au service de la science.

Q2. Vous avez été une figure emblématique de la COP21 en témoignant des effets concrets du changement climatique. Selon vous, quels sont les défis les plus importants auxquels nous sommes confrontés et comment les entreprises peuvent-elles contribuer à les relever ?

Etre explorateur, c’est un être un témoin de terrain au quotidien des changements impactant l’environnement.  Lors de mes voyages aux quatre coins de la planète, je constate les effets dévastateurs du dérèglement climatique : fonte de la banquise, élévation du niveau de la mer, déserts qui avancent, déforestation, pollution… Quand je rencontre des dirigeants de PME, d’ETI et de grands groupes, j’ai la satisfaction d’observer que les enjeux environnementaux sont généralement pris en compte dans la politique de l’entreprise. Il me semble qu’une grande majorité de chefs d’entreprise se sent concernée par le changement climatique et que des actions concrètes sont mises en œuvre, de l’analyse du cycle de vie des produits à une gestion des déchets en circuits courts en passant par la recherche et le développement d’éco-matériaux. J’ai l’impression que l’engagement dans la transition écologique devient une « double peau » pour les entreprises.

Q3. Comment voyez-vous les nouvelles terres d’aventure, d’exploration et de conquête pour les entreprises françaises ?

Je vois deux axes de réponse à votre question. D’une part, les entreprises ont intérêt à faire rayonner leur créativité et renforcer leur capacité d’innovation et de recherche en matière de nouveaux produits, services et usages. D’autre part, la quête d’ailleurs se traduit par la conquête de nouveaux marchés, en dehors des frontières hexagonales. Je considère que les entrepreneurs sont des explorateurs, et qu’à leur façon, ils défrichent de nouveaux territoires inconnus. Nous pouvons être fiers du drapeau français qui flotte à travers le monde, en particulier dans l’espace de la francophonie. Je me permets une petite remarque en passant. Il me semble que les PME-PMI françaises seraient encore plus compétitives si leurs dirigeants maîtrisaient plusieurs langues étrangères. Je rajoute aussi que la culture française des affaires, dominée par les aspects administratifs et protocolaires, constitue parfois un frein pour avancer efficacement dans le jeu économique mondial. Je trouve que la simplicité a du bon ! Il faut être prêt à l’action pour ne pas perdre des opportunités d’affaires.

Q4. Dans quelle mesure le développement international d’une entreprise peut-il l’aider à renforcer sa capacité d’innovation ?

L’internationalisation d’une entreprise est en soi un levier d’innovation. Si l’on prend l’innovation au sens large, les entreprises françaises présentes à l’international sont nombreuses à participer à ce mouvement de renouvellement de leurs produits ou de leurs modes d’organisation. Et cela me semble logique : s’exposer à d’autres cultures, d’autres contextes et pratiques d’affaires exige de s’adapter aux contraintes, ce qui est générateur d’innovation et de développement économique. Par exemple, quand j’ai voulu faire financer mes expéditions en Namibie et au Québec, j’ai rencontré de nombreuses entreprises en France et surtout à l’international. J’ai ainsi ouvert mes horizons et identifié des partenaires sponsors motivés pour m’accompagner.

Q5. Sur la base de votre propre expérience, quelles sont les qualités qu’un entrepreneur ou dirigeant doit avoir pour réussir dans une économie globalisée ?

Comme je l’ai dit plus haut, un entrepreneur est par définition un explorateur. Pour réussir, il faut de la curiosité, de l’originalité, de la créativité et le goût de l’aventure. Un entrepreneur doit avoir de l’intérêt pour ce qui se passe ailleurs, dans d’autres secteurs, dans d’autres métiers que le sien. Car, la disruption émerge en faisant se confronter deux réalités, en remettant en cause les modèles économiques établis. Prenons l’exemple de la FNAC. Historiquement connu pour la vente de livres et l’informatique entre autres,  le groupe s’est positionné avec succès sur la maison, l’électroménager, le bricolage. Cette diversification n’était pas intuitive au départ. De mon côté, je me suis inspiré des vestes de moto pour créer une veste contre les grands froids. Sans le courage d’oser braver de nouveaux territoires, une entreprise peut s’exposer à de graves dangers. Sa pérennité peut être remise en cause.

Q6. Quels sont les messages que vous souhaiteriez faire passer aux 1000 dirigeants de PME-PMI qui seront présents aux Rencontres d’Affaires Francophones le 8 novembre prochain ?

J’ai déjà envie de faire passer quatre idées force. Tout d’abord, rien de grand ne s’est fait en un jour. Autrement dit, il faut savoir être patient, persévérant et assidu. Le long-terme est une perspective qui permet de structurer et d’ancrer ses projets. Deuxièmement, il ne faut pas avoir peur de faire fructifier ses idées et de les concrétiser. En un mot, il est essentiel de savoir passer à l’action. Troisièmement, nos sociétés sont en pleine mutation et confrontées à des défis sans précédent. Les entreprises ne sont pas épargnées par ces bouleversements économiques et sociétaux. On ne peut pas rester au bord de la route en regardant le train passer. Les entreprises n’ont pas d’autre choix que d’embrasser les différentes transitions – écologique, sociétale et numérique. Pour finir, je suis convaincu que les organisations et les hommes et les femmes qui les constituent ont besoin de rêve. Un entrepreneur doit savoir « oser » ses rêves pour lui et ses équipes.

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Interview de Olivier Chazal, responsable du Club ADEME International

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Le Club ADEME International est un réseau d’éco-entreprises innovantes dédié à l’international. Il réunit aujourd’hui 150 entreprises adhérentes dans les domaines de l’efficacité énergétique, des énergies renouvelables, de la gestion des déchets, de la qualité de l’air, de la dépollution des sols.

Q1. Selon vous, quels sont les nouveaux outils de soutien disponibles pour aider les éco-entreprises à se développer à l’international ?

En France, le panorama des outils de financement et d’accompagnement des ETI et PME/PMI dans leur développement à l’international est assez vaste. Je citerai, tout d’abord, les financements de prêts et d’investissements proposés principalement par deux grands acteurs publics, BPI France et Business France. Peut-être moins connu, le Fonds d’Etude et d’Aide au Secteur Privé (FASEP) est piloté par la direction générale du Trésor. Il se décline en plusieurs formules, notamment le FASEP-Innovation verte qui vise à financer des démonstrateurs de technologies innovantes dédiées à l’environnement et au développement durable. Cet outil est particulièrement intéressant pour les entreprises qui ont identifié un marché et ont besoin d’un coup de pouce. L’une des entreprises exemplaires que nous avons accompagnée, basée en région Nouvelle Aquitaine, a réussi à trouver des débouchés commerciaux au Sénégal pour vendre ses solutions d’éclairage LED et solaire.

Par ailleurs, il existe des réseaux d’entreprises au plan régional et national, parmi lesquels le Club ADEME International, qui jouent un véritable rôle d’accompagnateur et d’aiguilleur. En effet, ces réseaux orientent les entreprises vers des dispositifs de financement adaptés et les mettent en relation avec les bons interlocuteurs dans le cadre de la recherche d’expertises spécifiques (RH, implantation, projets internationaux…).

Q2. D’une manière générale, comment donner l’envie aux PME françaises de se développer à l’international ?

Un dirigeant à la tête d’une entreprise innovante est toujours motivé à l’idée de diffuser sa solution au delà des frontières hexagonales dans la perspective de la promouvoir sur des marchés prometteurs. « Sky is the limit ! » comme diraient nos amis anglo-saxons. Dans le cas des éco-technologies, les énergies solaires notamment, le potentiel de développement en Afrique est important. Et ce serait une erreur de ne pas y aller ! Il est toujours utile de rappeler que l’international est un relais de croissance pour les entreprises. Je prends un exemple concret. Le moratoire décidé par le gouvernement français fin 2010 sur les installations solaires avait mis à mal le secteur et ses acteurs. Les entreprises qui ont su se positionner à ce moment là, en dépit d’un contexte peu porteur, bénéficient aujourd’hui d’un leadership incontestable. Prendre des risques calculés peut s’avérer payant dans la durée !

Q3. Avez-vous des conseils pour les PME/PMI qui agissent pour la transition énergétique et sont désireuses de s’internationaliser en francophonie ?

La francophonie est un ensemble vaste qui recouvre une pluralité de réalités. Entre l’Afrique sub-saharienne, l’Amérique du Nord ou encore l’Asie, il existe bien sûr des similitudes mais aussi des différences. Pour parler concrètement, quand le décalage horaire est important comme avec le Canada, il est essentiel d’avoir une équipe en local qui comprend ce qui se passe sur place, les enjeux, les acteurs et qui rassure les clients. Autre exemple : en Afrique, la perception du temps n’est pas la même que chez nous. Il est important de garder le cap de ses objectifs. Avoir une présence en local est clé parce que l’on a une meilleure compréhension de la dynamique à l’œuvre sur les marchés, un accès facilité aux acteurs mais aussi une compréhension plus fine des circuits décisionnels parfois complexes et du cadre administratif et juridique. Il faut aussi encourager les dirigeants d’entreprise qui souhaitent se lancer dans le « grand export » à se rapprocher de leurs pairs qui ont déjà franchi cette étape et ont un vécu dans la zone. Et ce, pour recueillir leur conseils et retours d’expérience en parallèle d’avis d’experts.

Récemment, nous avons accompagné une entreprise toulousaine dont la volonté était de s’implanter au Maroc. La société a abordé de façon méthodique sa réflexion sur sa stratégie d’internationalisation. Elle a travaillé avec des conseillers sur la démarche globale et avec des experts qualifiés sur la question de l’interculturalité, Le Club ADEME International l’a aidée sur le montage du premier pilote et l’a informée des dispositifs de financement existants, notamment le FASEP. Une fois la filiale ouverte au Maroc, l’entreprise a recruté des VIE et des experts locaux. Aujourd’hui, elle remporte de nombreux marchés. C’est, de mon point de vue, un bel exemple de « success story ». Mais, j’ai aussi observé des échecs. D’après mon analyse, les démarches d’internationalisation qui n’aboutissent pas, rencontrent généralement des problématiques de financement et/ou administratives complexes. Parce que peu ou mal accompagnés, les dirigeants ne se sentent pas suffisamment armés pour avancer et se retrouvent découragés. J’ai le souvenir d’une entreprise dans le domaine de l’eau qui souhaitait prendre pied au Vietnam. Les modalités de création d’une structure locale étaient très contraignantes au point que le projet n’a finalement pas vu le jour. Même quand les études de faisabilité sont favorables, il y a encore un long chemin à parcourir.

Q4. Dans le cadre des Rencontres d’Affaires Francophones qui auront lieu le 8 novembre à Paris, vous interviendrez dans la table ronde « Financements publics/privés à l’international pour les PME/PMI et ETI ». Qu’attendez-vous de ce rendez-vous ?

Ces Rencontres organisées par Mission Internationale seront une excellente occasion de rencontrer des entreprises qui ont remporté de beaux succès dans l’espace de la francophonie. Ce forum est une opportunité de réunir des participants et des intervenants d’univers très différents. Le spectre géographique et culturel qui sera couvert promet d’être large, du Québec en passant par les Caraïbes à l’Afrique du Nord et l’Afrique sub-saharienne. Le Club ADEME International sera tout naturellement présent à l’événement car nous souhaitons y promouvoir nos entrepreneurs et leur savoir faire, en particulier dans le domaine des solutions bas carbone. Nous viendrons avec une trentaine d’entreprises. Je suis heureux de rajouter que le chiffre d’affaires export de nos 150 entreprises adhérentes a progressé de +20% entre 2015 et 2016. Si les talents des entrepreneurs et le caractère innovant des solutions y sont pour beaucoup, le Club ADEME International crée les conditions propices de la croissance grâce notamment à l’échange de bonnes pratiques et au développement d’offres intégrées de projets innovants à l’international.

David Kassar et Pierre Marc Johnson

Interview de Pierre Marc Johnson, ancien premier ministre du Québec, négociateur en chef du CETA pour la province du Québec, avocat-conseil chez Lavery de Billy

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Q1. Le président Emmanuel Macron s’est rendu à Québec et Montréal les 8 et 9 juin 2018 à l’occasion du sommet du G7. Il a rencontré le premier ministre canadien Justin Trudeau. Parmi les sujets évoqués : lutte contre le changement climatique, promotion de la francophonie, échanges commerciaux et culturels … Que retenez-vous de cette visite ?

Il me semble tout d’abord que le président français et le chef de gouvernement canadien partagent des points communs. Ils incarnent tous deux une nouvelle génération de leaders et une forme de renouveau politique. Ce phénomène est récent tant en France qu’au Canada. Dans un contexte difficile à l’égard des Etats-Unis, notamment sur les questions commerciales, Emmanuel Macron et Justin Trudeau ont fait front commun. La décision de Donald Trump d’imposer des droits de douane sur l’acier et l’aluminium a été justifiée par la volonté de réduire le déficit commercial américain. Cette vision très protectionniste n’est pas partagée par les alliés historiques des Etats-Unis. En effet, la France et le Canada considèrent  que le libre échange et l’ouverture du commerce favorisent la prospérité économique.

Q2. Vous avez été négociateur en chef du CETA (Accord Economique et Commercial Global entre le Canada et l’UE) pour la province du Québec. Pouvez-vous dresser un premier bilan un an et demi environ après son adoption au parlement européen le 15 février 2017 ?

Dans le cadre de la mondialisation des échanges, l’objet du CETA revêt plus que jamais toute sa pertinence. Conçu pour faciliter l’exportation de biens et services  dans l’Union européenne comme au Canada, au travers de la suppression de barrières douanières, cet accord commercial est entré en vigueur à titre provisoire le 21 septembre 2017. Il est donc trop tôt pour évaluer ses effets. Toutefois, l’on peut dire que le CETA contribue à la stabilisation de l’économie. Une augmentation des exportations de biens de l’Europe vers le Canada, en particulier dans le secteur alimentaire, a déjà pu être observée.

Q3. Selon vous, comment est perçue par la France aujourd’hui sur la scène internationale ?

Le contexte européen est aujourd’hui complexe. Le président Emmanuel Macron et la chancelière allemande Angela Merkel sont les deux principaux acteurs de la consolidation de l’Union européenne et de la zone euro. Le couple franco-allemand constitue une alliance forte dans la réaffirmation du soutien aux institutions européennes. Ensemble, la France et l’Allemagne doivent réfléchir à des solutions communes pour répondre aux grands défis auxquels l’Europe est confrontée, en particulier la crise des migrants. Dans un environnement marqué par le Brexit et la montée des populismes dans plusieurs pays européens tels que la Hongrie, la Pologne, plus récemment l’Italie, la France et l’Allemagne doivent être moteurs et montrer la marche à suivre. Alors qu’Angela Merkel doit prendre des décisions dans un gouvernement de coalition, Emmanuel Macron a la capacité de se démarquer comme chef de file

Je partage avec vous un ressenti personnel. Je suis venu en Europe plus d’une centaine de fois en près de quatre décennies. Je me souviens qu’il y a quelques années, il était impensable de critiquer les institutions européennes qui étaient alors considérées comme importantes. Aujourd’hui, force est de constater que la situation a évolué. Il n’y a pas d’adhésion spontanée aux institutions européennes. L’une des raisons réside peut-être dans le fait que les jeunes générations n’ont pas connu la guerre. Pour moi, cela explique en partie la situation politique actuelle.

Q4. Vous interviendrez dans la table ronde « Pourquoi s’internationaliser en francophonie ? » le 8 novembre 2018 dans le cadre des Rencontres d’Affaires Francophones. Quels sont les leviers à activer pour renforcer le leadership des pays de l’espace économique francophone ?

Le commerce, c’est avant tout une affaire de personnes ! Ce n’est pas abstrait, sauf lorsque l’on évoque le commerce sur internet. Le commerce est une formidable opportunité de communiquer, d’échanger, de former des alliances, de créer des partenariats, ce qui conduit généralement à une augmentation des affaires et une croissance d’activités. Les gouvernements doivent encourager les personnes à « commercer » entre elles et les industriels doivent se rencontrer pour passer des accords, faire des transactions, capitaliser des entreprises, distribuer des produits, renforcer les échanges avec des pays tiers , en particulier dans le secteur manufacturier. Je pense que les Rencontres d’Affaires Francophones constituent un environnement particulièrement favorable pour permettre des interactions.

Q5. Quels conseils donneriez-vous à un dirigeant de PME/PMI désireux de développer son entreprise à l’international ?

Développer son activité à l’international ne s’improvise pas.  Il faut tout d’abord avoir une solide connaissance du marché cible que l’on souhaite pénétrer. Deuxièmement, il est nécessaire de maitriser le champ concurrentiel. Troisièmement, il faut être capable de développer des réseaux localement. Enfin, il ne faut pas hésiter à s’entourer de conseils qualifiés sur les questions de marché, de financement, de droit et de marketing. En résumé, il est fondamental de mettre en place une démarche structurée qui sera encadrée par un professionnel de l’accompagnement à l’international. Mission Internationale est un bel exemple d’ensemblier qui sait évaluer le potentiel de développement et réunir un bouquet de ressources adapté à la situation de chaque entreprise.