Interview de Stéphane Lévin, explorateur scientifique, conférencier et auteur, spécialiste des milieux les plus hostiles du globe

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Q1. Stéphane Lévin, vous explorez la planète et ses endroits les plus hostiles depuis plus de vingt ans. S’ouvrir au monde, pourquoi ?

J’ai eu une autre vie avant celle d’explorateur. Au début de mon parcours professionnel, j’ai travaillé dans le secteur des voyages de luxe sur mesure. J’étais responsable de l’organisation de circuits d’aventures d’exception. Le « Tintin » que j’étais alors était en charge du choix des prestataires, de la qualification des guides, de l’approvisionnement en vivres, en eau… C’est grâce à ce métier que j’ai découvert les terres sublimes de l’Arctique et de l’Amazonie. Puis, après dix ans passés dans ce secteur d’activités, j’ai eu envie de donner un autre sens à ma vie en mettant mes compétences au profit de la recherche médicale, scientifique et technique. Je rapporte de mes voyages en milieux hostiles des résultats d’études permettant de mieux comprendre les facteurs d’adaptation de l’organisme dans des conditions extrêmes et de qualifier des matériels et des solutions technologiques. En quelque sorte, j’ai réinventé ma vie au service de la science.

Q2. Vous avez été une figure emblématique de la COP21 en témoignant des effets concrets du changement climatique. Selon vous, quels sont les défis les plus importants auxquels nous sommes confrontés et comment les entreprises peuvent-elles contribuer à les relever ?

Etre explorateur, c’est un être un témoin de terrain au quotidien des changements impactant l’environnement.  Lors de mes voyages aux quatre coins de la planète, je constate les effets dévastateurs du dérèglement climatique : fonte de la banquise, élévation du niveau de la mer, déserts qui avancent, déforestation, pollution… Quand je rencontre des dirigeants de PME, d’ETI et de grands groupes, j’ai la satisfaction d’observer que les enjeux environnementaux sont généralement pris en compte dans la politique de l’entreprise. Il me semble qu’une grande majorité de chefs d’entreprise se sent concernée par le changement climatique et que des actions concrètes sont mises en œuvre, de l’analyse du cycle de vie des produits à une gestion des déchets en circuits courts en passant par la recherche et le développement d’éco-matériaux. J’ai l’impression que l’engagement dans la transition écologique devient une « double peau » pour les entreprises.

Q3. Comment voyez-vous les nouvelles terres d’aventure, d’exploration et de conquête pour les entreprises françaises ?

Je vois deux axes de réponse à votre question. D’une part, les entreprises ont intérêt à faire rayonner leur créativité et renforcer leur capacité d’innovation et de recherche en matière de nouveaux produits, services et usages. D’autre part, la quête d’ailleurs se traduit par la conquête de nouveaux marchés, en dehors des frontières hexagonales. Je considère que les entrepreneurs sont des explorateurs, et qu’à leur façon, ils défrichent de nouveaux territoires inconnus. Nous pouvons être fiers du drapeau français qui flotte à travers le monde, en particulier dans l’espace de la francophonie. Je me permets une petite remarque en passant. Il me semble que les PME-PMI françaises seraient encore plus compétitives si leurs dirigeants maîtrisaient plusieurs langues étrangères. Je rajoute aussi que la culture française des affaires, dominée par les aspects administratifs et protocolaires, constitue parfois un frein pour avancer efficacement dans le jeu économique mondial. Je trouve que la simplicité a du bon ! Il faut être prêt à l’action pour ne pas perdre des opportunités d’affaires.

Q4. Dans quelle mesure le développement international d’une entreprise peut-il l’aider à renforcer sa capacité d’innovation ?

L’internationalisation d’une entreprise est en soi un levier d’innovation. Si l’on prend l’innovation au sens large, les entreprises françaises présentes à l’international sont nombreuses à participer à ce mouvement de renouvellement de leurs produits ou de leurs modes d’organisation. Et cela me semble logique : s’exposer à d’autres cultures, d’autres contextes et pratiques d’affaires exige de s’adapter aux contraintes, ce qui est générateur d’innovation et de développement économique. Par exemple, quand j’ai voulu faire financer mes expéditions en Namibie et au Québec, j’ai rencontré de nombreuses entreprises en France et surtout à l’international. J’ai ainsi ouvert mes horizons et identifié des partenaires sponsors motivés pour m’accompagner.

Q5. Sur la base de votre propre expérience, quelles sont les qualités qu’un entrepreneur ou dirigeant doit avoir pour réussir dans une économie globalisée ?

Comme je l’ai dit plus haut, un entrepreneur est par définition un explorateur. Pour réussir, il faut de la curiosité, de l’originalité, de la créativité et le goût de l’aventure. Un entrepreneur doit avoir de l’intérêt pour ce qui se passe ailleurs, dans d’autres secteurs, dans d’autres métiers que le sien. Car, la disruption émerge en faisant se confronter deux réalités, en remettant en cause les modèles économiques établis. Prenons l’exemple de la FNAC. Historiquement connu pour la vente de livres et l’informatique entre autres,  le groupe s’est positionné avec succès sur la maison, l’électroménager, le bricolage. Cette diversification n’était pas intuitive au départ. De mon côté, je me suis inspiré des vestes de moto pour créer une veste contre les grands froids. Sans le courage d’oser braver de nouveaux territoires, une entreprise peut s’exposer à de graves dangers. Sa pérennité peut être remise en cause.

Q6. Quels sont les messages que vous souhaiteriez faire passer aux 1000 dirigeants de PME-PMI qui seront présents aux Rencontres d’Affaires Francophones le 8 novembre prochain ?

J’ai déjà envie de faire passer quatre idées force. Tout d’abord, rien de grand ne s’est fait en un jour. Autrement dit, il faut savoir être patient, persévérant et assidu. Le long-terme est une perspective qui permet de structurer et d’ancrer ses projets. Deuxièmement, il ne faut pas avoir peur de faire fructifier ses idées et de les concrétiser. En un mot, il est essentiel de savoir passer à l’action. Troisièmement, nos sociétés sont en pleine mutation et confrontées à des défis sans précédent. Les entreprises ne sont pas épargnées par ces bouleversements économiques et sociétaux. On ne peut pas rester au bord de la route en regardant le train passer. Les entreprises n’ont pas d’autre choix que d’embrasser les différentes transitions – écologique, sociétale et numérique. Pour finir, je suis convaincu que les organisations et les hommes et les femmes qui les constituent ont besoin de rêve. Un entrepreneur doit savoir « oser » ses rêves pour lui et ses équipes.

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