Le Covid19, ou la nécessité de s’adapter

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Trois mois après l’apparition du covid-19, les premières conséquences se font sentir sur l’économie mondiale. La croissance prévisionnelle mondiale, qui devait s’établir à 3,3% d’après les calculs publiés par le FMI en 2020, risque de ne pas être aussi forte que prévue. Tandis que les marchés financiers montrent des signes de fébrilité, certains commentateurs évoquent d’ores et déjà des risques de récession dans certains pays, comme l’Italie. En Chine, malgré l’absence de chiffres clairs, les répercussions sur l’activité économique sont bel et bien réelles… et la contagion aux autres pays asiatiques semble se confirmer. Ainsi, le Japon a lui aussi annoncé que son économie pourrait bien connaître une récession.

L’économie française n’est bien évidemment pas épargnée. Le ministre de l’Économie et des Finances, Bruno Le Maire, estime que le taux de croissance prévisionnel devra finalement être revu à la baisse de 0,1 point en 2020, alors que la crise sanitaire ne fait semble-t-il que débuter. L’économiste en chef de la banque Natixis, Patrick Artus, estime quant à lui que la situation pourrait se révéler bien plus délicate. Selon lui « un simple recul de 10 % du commerce chinois, c’est environ 0,3 % de croissance en moins en Europe ».

La crise menace de nombreux secteurs, à commencer par l’industrie du tourisme. Avec 2,5 millions de voyageurs chaque année, celle-ci anticipe déjà une baisse de 30 à 40% des visites de touristes chinois cette année, notamment dans la région parisienne, la Bourgogne et la Côte d’Azur. Mais les voyageurs en provenance d’autres zones géographiques seront également concernés. Selon certaines estimations, cette baisse de fréquentation pourrait faire perdre jusqu’à 2 milliards d’euros de recettes touristiques à notre pays. Les capacités d’anticipation de ce choc par les pouvoirs publics seront alors décisives pour limiter les répercussions sur l’économie réelle…

Des conséquences très concrètes pour les entreprises

Depuis la crise financière de 2008, les marchés financiers n’avaient pas connu une telle panique. La multiplication des cas de coronavirus dans le monde a progressivement dégradé la confiance des investisseurs dans les salles de marchés, avec des pertes enregistrées autour de 12-13% depuis le 24 février à Wall Street et les grandes places boursières européennes. Christian Parisot, chef économiste d’Aurel BGC, expliquait fort justement il y a quelques jours que le coronavirus constituait désormais « un choc économique » compte tenu de la baisse à venir des bénéfices des sociétés.

Progressivement, plusieurs grandes entreprises ont en effet publié l’estimation des coûts de cette épidémie sur leur activité. Schneider Electric anticipe à ce titre un « impact négatif de 300 millions d’euros » sur son chiffre d’affaires du premier trimestre. Le géant français de l’électroménager Seb

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prévoit quant à lui une perte de 250 millions de chiffre d’affaires au premier trimestre 2020. C’est aussi le cas du numéro deux mondial de la gestion de l’eau et des déchets Suez, qui chiffre ses pertes à 30 à 40 millions d’euros. Et le phénomène n’en est qu’à ses débuts : le président délégué du Medef, Patrick Martin, déclarait la semaine passée que le véritable défi était « la durée des perturbations : il y a une telle imbrication des économies, un tel poids de la sous-traitance que ça va prendre des mois pour remettre en route le système sans anicroche ».

Le coronavirus : un game changer inattendu

Il serait aussi long qu’inutile d’établir la liste de toutes les conséquences qu’une crise prolongée pourrait engendrer : accumulation de stocks, déstabilisation violente des marchés, pénuries… Face à ces différents scénarios, les entreprises réagissent d’ores et déjà. Certaines industries du secteur pharmaceutique, particulièrement présentes en Chine, ont d’ores et déjà annoncé qu’elles envisageaient de délocaliser leurs productions, afin de garantir l’acheminement des produits en cas de pérennisation de la crise. L’industrie du jeu-vidéo, de son côté, très présente en Asie, redouble de résilience et s’efforce de relocaliser certains événements pourtant prévus de longue date. Le coronavirus est devenu un risque systémique et n’épargne également pas les PME-PMI et ETI.

Au-delà de ces adaptations « de crise », pressées par l’urgence de la situation, l’idée d’une relocalisation de certaines activités à plus long terme commence à émerger et à faire son chemin. Les tensions d’approvisionnement extrêmes qui paralysent l’industrie électronique conduisent certaines entreprises à envisager une réorientation de leur stratégie de production. Distributeurs et fabricants avaient déjà fait preuve d’adaptation en constituant des stocks dès les premiers cas déclarés. Désormais, ils réfléchissent à réduire leur dépendance vis-à-vis de la Chine, choisie avant tout pour des questions de coûts de production, en s’implantant ailleurs.

A n’en pas douter, d’autres secteurs industriels suivront. Bien évidemment, l’adaptation des chaînes de valeurs ne se fera ni rapidement, ni sans coût. Mais face à un phénomène d’une telle ampleur, les acteurs économiques n’ont d’autre choix que d’ajuster leurs stratégies et leurs prévisions, en intégrant de nouveaux paramètres. Car l’anticipation nécessite une véritable flexibilité, pour être capable de tenir compte de tous les événements, et a fortiori des événements imprévisibles. Compte tenu des faiblesses inhérentes à une économie très profondément mondialisée, où les interdépendances fortes agissent comme des courroies de transmission des chocs exogènes, l’adaptation demeure encore et toujours la clef.